A Ouagadougou, un chantier à ciel ouvert s’observe le long des différentes artères. Les tenanciers de certaines installations situées aux abords de la voirie entreprennent des travaux afin de respecter la limite de trois mètres du goudron exigée par la municipalité. Ces derniers, malgré les difficultés, n’ont pas attendu d’être expulsés de force.
Avenue Babangida de Ouagadougou. Le quartier 1200 Logements semble en plein chantier. De part et d’autre du goudron, les boutiques, magasins et ateliers sont en plein travaux. Sous les coups de masse, les tôles crissent sous les mains des ouvriers et des tas de béton jonchent le sol. D’un côté, les soudeurs le front perlé de sueur s’acharnent sur des grilles fixées à même le caniveau. De l’autre, un vendeur d’habits prêt-à-porter, visiblement résigné, s’emploie à démolir son propre magasin, construit presque au bord du goudron.

André Zoungrana, propriétaire de plusieurs quincailleries sur l’avenue Babangida, observe la scène. Il a fait appel à des ouvriers qui, aujourd’hui, démontent les tôles avant d’arracher les grilles plantées sur des canaux d’évacuation d’eau. Le visage en sueur, il supervise les travaux parce qu’il n’a pas le droit à l’erreur. Comme beaucoup d’autres installés trop près du goudron, André doit aussi reculer. « Ils sont venus nous imposer les limites que nous ne devons pas dépasser. C’est vrai que c’est difficile pour nous parce qu’on doit tout casser. Nous savons que nous n’avons pas raison », concède-t-il.
Une irrégularité reconnue
Un délai d’une semaine, pas plus, est accordé à chacun pour se conformer à la directive. André Zoungrana, malgré la difficulté de la tâche, voit des aspects positifs à cette démarche. Avant, les autorités procédaient à la libération des emprises souvent sans prévenir. Mais cette fois, avec le délai, chacun peut se préparer. Installé depuis près de 30 ans sur l’avenue Babangida, il se souvient qu’il a respecté les trois mètres réglementaires à ses débuts.
Mais au fil du temps, il a succombé à la tentation d’avancée. « J’ai vu que les autres avançaient et construisaient. À un certain moment, on ne remarquait plus ma boutique. C’est comme ça que moi aussi, j’ai décidé d’avancer comme les autres. Aujourd’hui, on paie le prix », reconnaît-il. Par manque de sanction, ce qui était une irrégularité est devenue une norme.

Même si cette décision ne l’arrange pas, André admet son erreur. « Il y avait beaucoup d’accidents et c’était généralement là où la route était coincée », ajoute-t-il. Son seul souci, ce sont les dépenses supplémentaires à faire. Mais cela ne le décourage pas, car il lui faut obéir aux injonctions des autorités.
A quelques mètres de là, Paul Iboudo, vendeur de tissus, assiste au démontage de magasin alors que les ouvriers sont à l’œuvre. Une partie de son magasin est installée sur les caniveaux, empêchant l’eau de s’écouler. Pendant la saison pluvieuse, à la moindre pluie, l’avenue est inondée, rendant la circulation difficile.
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Lorsque l’Office national du contrôle des aménagements et des constructions (ONC-AC) avait marqué d’une croix rouge son magasin à démolir, il l’avait mal pris. Mais depuis, il a compris l’opportunité de cette décision. « Au début, on l’a mal pris. Mais au final, on se rend compte que c’est pour le bien de tout le monde. Si on aménage pour que la circulation soit plus fluide, ça nous arrange tous », avoue-t-il. Ce qui l’inquiète, c’est qu’avec les travaux, son magasin sera plus petit. « Si ton magasin était petit et qu’on te dit de reculer de trois mètres du goudron, c’est un gros souci », poursuit-il, quelque peu soucieux.

Au quartier Kalgondé, Adama Tassembédo supervise également des ouvriers en plein travail dans son kiosque à café, qui sert aussi de petit restaurant. Il n’a pas attendu pour agir lorsqu’il a vu la croix rouge sur son commerce. « Ils nous ont expliqué que nous devons reculer pour qu’ils puissent avoir accès aux caniveaux lorsqu’ils voudront travailler. Nous avons accepté de reculer parce qu’il s’agit du bien commun. Si nous occupons les caniveaux et que les agents publics ne peuvent pas venir les vider, ça se retourne contre nous », poursuit Tassembédo. Cependant, il regrette le manque de temps ; Avec un délai plus long, il aurait pu mieux aménager son espace.
Fluidifier la circulation…
Dans un communiqué du 24 décembre 2024, le président de la délégation spéciale de Ouagadougou, Maurice Konaté, a appelé les occupants des emprises de voirie à prendre les dispositions nécessaires pour libérer les lieux avant le 15 janvier 2025. Après des débuts musclés, la municipalité a choisi la voie de la sensibilisation.
Lors d’une conférence de presse tenue le 12 février 2025, Maurice Konaté a justifié ces opérations de démolition par des impératifs de sécurité et de fluidité urbaine.
« Cette occupation anarchique compromet non seulement la fluidité de la circulation, mais elle représente également un véritable danger pour la sécurité de nos habitants, qu’il s’agisse des piétons, des cyclistes ou des automobilistes », a-t-il expliqué. L’appel semble être attendu puisque sur la plupart des artères de la ville, les travaux continuent pour respecter la directive de l’autorité municipale.
Boukari Ouédraogo