Culture de contre-saison: A Manga, le deuxième bureau des producteurs est à Siltouko

Culture de contre-saison: A Manga, le deuxième bureau des producteurs est à Siltouko

Le barrage de Siltouko au secteur 3 de Manga, région du Centre-Sud, est une bouée de sauvetage pour les populations. Autrefois désœuvrées pendant la saison sèche, elles font désormais la culture de contre-saison sur un périmètre aménagé par L’Organisation catholique pour le développement et la solidarité. La production et la vente de légumes permettent à plus de 200 personnes de s’occuper et d’avoir de quoi préserver leur dignité. Mais l’assèchement précoce de la retenue d’eau fait craindre un retour à la case départ.

Du vert à perte de vue dans un périmètre clôturé de 9 hectares. La fraîcheur et l’odeur de la terre mouillée contrastent avec la canicule et les herbes asséchées hors du vaste jardin. Ce matin-là, l’ambiance est studieuse sur le périmètre aménagé de Siltouko, un quartier situé au secteur 3 de Manga, région du Centre-Sud. Hommes et femmes sont à la tâche. Ceux-là désherbent, inspectent les plants, pendant que d’autres récoltent et canalisent l’eau.

Virginie Bouda a abandonné le ramassage du sable pour la culture de contre-saison. Photo Studio Yafa 25/03/2025

Virginie Bouda s’affaire à faciliter le passage de l’eau jusqu’à son terrain.  A la main, elle dégage la boue. Depuis 10 ans, elle travaille sur le périmètre de Siltouko. Oignons, choux, concombres sont les spéculations qu’elle produit. A côté de ses planches, il y a de l’oseille, de la laitue, des courgettes… Pour elle qui avant ramassait le sable pour revendre, la reconversion dans la culture de contre-saison est un pain béni. « On ramassait le sable pour vendre. On respirait la poussière, nos forces s’amenuisaient, on tombait malades. Surtout les femmes souffraient beaucoup. Maintenant, avec le jardinage, on arrive à avoir de quoi payer la scolarité de nos enfants, gérer le quotidien et aider nos maris », dit-elle, avant de se remettre au charbon.

Fruit de prières entendues

Avec Virginie Bouda, ce sont plus de 212 personnes qui travaillent ici. Les exploitants sont regroupés au sein de la coopérative Wend Kuni (Don de Dieu en mooré) présidée par Prosper Yaogo. Selon lui, « quand le barrage n’était pas là, c’était la souffrance. C’était difficile, même ».  Essentiellement agriculteurs, les populations se tournaient les pouces pendant la saison sèche. Moins de cinq mois dans les travaux champêtres et le reste de l’année dans l’oisiveté. La culture de contre-saison est comme un deuxième bureau après les travaux champêtres pendant la saison pluvieuse« Après les récoltes, il n’y avait pratiquement rien à faire. Peut-être aller chercher du bois mort pour ceux qui ont un peu de force. Les femmes étaient assises à la maison », se rappelle le président. Selon ses estimations, les productions rapportent environ 100 000 000 de F CFA par an aux acteurs.

Prosper Yaogo, président de la coopérative est reconnaissant à l’OCADES. Photo Studio Yafa 25/03/2025

Assez loin de la porte d’entrée principale, Virginie Bouda peut entendre le vrombissement incessant d’une machine. C’est le compagnon des jardiniers du matin jusque dans l’après-midi. Déposée aux abords du barrage, c’est elle qui conduit l’eau dans les tuyaux enfouis dans le sol jusqu’aux différentes planches. Zéphirin Ouédraogo est l’un des deux jeunes commis au fonctionnement de la machine.

« Le matin à 7 h 30, quand j’arrive, mon rôle est de mettre la machine en marche et de faire en sorte que l’eau arrive au jardin. Je dois ensuite contrôler les bassins, vérifier si ceux qui doivent recevoir l’eau l’ont vraiment reçue. Et il faut toujours être à côté pour éviter toute surprise désagréable. Vers 15 h 30, on arrête la machine », explique Zéphirin Ouédraogo qui en dehors de son rôle de distributeur d’eau, dispose aussi de planches d’exploitation. Avec 10 litres de gasoil par jour, la machine distribue de façon alternée l’eau à Virginie et aux différents exploitants.

Lire aussi: Femmes déplacées à Ouahigouya, la survie par la culture de contre-saison

C’est autour de 2005-2006 que l’Organisation catholique pour le développement et la solidarité (OCASES) avec ses partenaires ont réhabilité le barrage de Siltouko alors fortement dégradé. « Après cela, les populations riveraines ont posé le problème du manque d’activités génératrices de revenus. Et Monseigneur Wenceslas Compaoré a vraiment porté ces préoccupations auprès des partenaires. Cela a abouti à un financement qui d’abord a permis de construire le barrage et à réaliser le périmètre maraîcher. On a sept villages qui sont tout autour du barrage et ce sont les populations de ces villages qui sont les premiers bénéficiaires », explique Dieudonné Bambara de l’OCADES.

Une planche de choux presqu’à maturité. Photo Studio Yafa 25/03/2025

Il s’empresse de préciser que l’attribution des terrains d’exploitation s’est faite en dehors de toute considération d’appartenance religieuse. Bien que ce soit une organisation religieuse qui est la bienfaitrice, les exploitants sont de toutes les confessions, précise-t-on à l’OCADES. « C’est vraiment des ménages vulnérables qu’on a privilégiés. On se rend compte effectivement que ça contribue beaucoup à la résolution des problèmes des gens. Il y en a qui ont pu payer des animaux, des gens ont pu scolariser leurs enfants », se réjouit Dieudonné Bambara. Les jardiniers sont juste tenus de verser chaque année à la coopérative entre 7 500 et 15 000 F CFA en fonction de la taille des planches.

L’assèchement précoce qui inquiète

En chœur, les producteurs clament leur reconnaissance à l’OCADES et à Mgr Wenceslas Compaoré décédé le 18 juin 2023. Par contre, une réalité hante les esprits : celle de l’assèchement précoce de la retenue d’eau. « D’ici mi-avril, ça sera la désolation. Nous serons obligés d’abandonner le périmètre à cause du manque d’eau », regrette le président de la coopérative Prosper Yaogo. « Actuellement, le marché des légumes est florissant, mais l’eau est en train de finir », renchérit Virginie Bouda.

Les producteurs plaident pour le curage du barrage. Photo Studio Yafa 25/03/2025

Une réalité occasionnée par l’ensablement du barrage. Les vœux de Prosper Yaogo et ses camarades sont un curage de la retenue. Du côté de l’OCADES, on se veut prudent dans les promesses. « Les gens n’ont pas respecté les consignes. La fabrication des briques au bord du barrage  a fait que les eaux de ruissellement ont contribué à l’ensablement progressif du barrage. Le curage demande beaucoup d’argent, alors que vous connaissez le contexte actuel, ça ne sera pas simple, mais bon, on ne sait jamais », se contente Dieudonné Bambara.

Amos Gueswendé Congo est le directeur régional de l’Agriculture, des Ressources animales et halieutiques de la région du Centre-Sud. Il est bien au courant de l’ensablement précoce du barrage de Siltouko. Il se rappelle avoir suggéré aux producteurs de s’organiser pour le curage. « A travers leur comité de gestion, ils peuvent retenir un pourcentage dans leur production. Ils voient ce qu’ils peuvent faire avec ça, pour que l’État vienne appuyer », dit-il. Lui aussi a le regard tourné vers l’Office national des barrages et des aménagements hydro-agricoles (ONBAH) « qui va nous accompagner pour que ces barrages puissent connaître une réhabilitation pour permettre d’avoir une quantité d’eau importante ».

En attendant des solutions, Virginie Bouda espère que sa planche de concombres aura suffisamment d’eau pour bien produire, avant l’assèchement total du barrage.

Tiga Cheick Sawadogo